14 juillet 2017

Discours prononcé par l’Ambassadeur de France en Haïti, Mme Elisabeth Beton Delègue, à l’occasion de la Fête nationale.

Seul le prononcé fait foi

Son Excellence Monsieur le Président de la République d’Haïti,
Madame la Première Dame,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de la Chambre des Députés,
Monsieur le Président et Madame Martelly,
Mesdames et Messieurs les ministres, Honorables parlementaires,
Monsieur le Président de la Cour de cassation,
Monsieur le doyen, Madame la représentante du SGNU,
Chers collègues du corps diplomatique, des organisations internationales et du corps consulaire,
Monsieur le maire,
Hautes autorités de l’Etat,
Chers invités, chers amis,
Mes chers compatriotes,

Il y a un an, nous célébrions notre fête nationale, sous le choc de la nouvelle de l’attentat de Nice : mes premières pensées vont aujourd’hui à tous ceux pour qui le 14 juillet restera indéfiniment un jour de deuil, et, à travers eux, à toutes les victimes du terrorisme dans le monde.

Il y a un an, nous étions ici en Haïti dans l’expectative de la tenue des élections, tandis qu’en France se dessinait un scénario électoral assombri par la montée de l’extrême droite. Aujourd’hui, les cartes ont été rebattues, et l’incertitude levée dans nos deux pays : Haïti dispose depuis le 7 février d’un président qui tire sa crédibilité d’une élection réalisée dans des conditions de transparence et de compétition sans précédent dans l’histoire du pays, et d’une majorité présidentielle au sein d’un parlement qui assume, à côté de sa fonction de contrôle, sa fonction législative ; les maires élus, installés depuis 8 mois, sont le point d’ancrage d’une réorganisation territoriale. Le président Jovenel Moïse a mis le cap sur des réformes visant à relancer l’économie nationale et à construire un Etat de droit, seul gage de stabilité à long terme.

En France, les élections ont confirmé la défaite de l’extrême droite mais aussi balayé partis et élites politiques traditionnels. E. Macron, plus jeune Président de notre histoire, dispose d’une majorité présidentielle au sein d’une assemblée Nationale profondément renouvelée qui, pour la 1ere fois, compte 245 femmes sur 577 députés. Le changement est à l’ordre du jour pour réaliser des réformes trop longtemps différées, la réforme des institutions, la moralisation de la vie politique, le redressement économique en libérant les potentialités de nos entreprises et de nos territoires. Les Français ont aussi fait le choix de l’Europe, contre un nationalisme étroit et sans avenir, une Europe qui est notre communauté de destin, mais qui doit évoluer en profondeur, pour être plus proche et protectrice de ses citoyens.

Même si les contextes sont très différents, nos deux pays partagent aussi des défis communs : en Haïti comme en France, les niveaux d’abstention ont clairement montré à nos dirigeants que leur réussite se jouerait sur leur capacité à recréer de la confiance avec la population. En France comme en Haïti, la maîtrise des finances publiques est un point de passage obligé.

Permettez-moi de penser que cette concordance des temps entre nos deux pays et la volonté de changement affichée de part et d’autre, sont des convergences qui pourront être mises à profit dans notre partenariat.

En Haïti, la France a accompagné et salué les résultats électoraux. Elle appuie le départ de la MINUSTAH et une mission de transition concentrée sur l’Etat de droit, la consolidation de la police nationale et de la justice, et la lutte contre l’impunité, mal qui rompt toutes les barrières entre le permis et l’interdit, le droit et le non droit, et écrase toujours le plus faible.

La France est convaincue que l’opportunité d’engager Haïti dans la voie du redressement est ouverte, avec le soutien de la communauté internationale au sein de laquelle, en sa qualité d’amie et partenaire, sans arrière-pensée d’aucune sorte, elle entend prendre toute sa place pour accompagner le changement sans lequel le pays ne sortira pas de la trappe du sous-développement ni ses habitants de la précarité.

C’est le sens des messages qu’ont porté, auprès de 3 présidents différents, les représentants de mon pays lors des 3 visites à haut niveau de ces deux ans écoulés, celle du Président de la République en mai 2015, celle du ministre des Affaires étrangères en décembre 2016, celle du secrétaire d’Etat à la coopération et au développement le 7 février dernier : c’est l’illustration de la continuité de notre engagement vis-à-vis d’Haïti.

Notre solidarité s’est exprimée après le passage du cyclone Matthew dans l’urgence et la post urgence, à titre bilatéral comme européen. Mais la solidarité ne suffit pas : la vulnérabilité d’Haïti aux aléas climatiques est une donnée structurelle et va aller s’aggravant, si la prévention et la gestion des risques ne s’imposent pas comme une priorité au législateur, mais aussi aux acteurs publics comme privés. La révolution climatique, comme la révolution numérique, est engagée et bouleverse les modes de faire économiques : pour Haïti, c’est une opportunité pour affirmer son agriculture biologique, s’ouvrir aux énergies renouvelables, aménager son territoire et offrir des débouchés aux jeunes entrepreneurs dans de nouvelles filières.

Nous souhaitons vivement qu’Haïti, qui a signé et ratifié l’accord de Paris sur le changement climatique, soit partie prenante de la conférence de lancement, en décembre prochain, du Pacte Mondial pour l’environnement, que le Président Macron, porte avec les Nations Unies et de nombreux partenaires. L’année écoulée a permis de progresser dans la construction de l’initiative « Haïti prend racine », lancée par la France, Haïti et Sean Penn en 2016 : je forme le vœu que les autorités haïtiennes au plus haut niveau s’emparent de cette initiative, qui vise à proposer une approche intégrée, multisectorielle, multi-acteurs de la valorisation de l’environnement.

L’aide internationale, le constat est partagé, ne peut continuer à amortir des crises chroniques, ni se substituer aux responsabilités des acteurs nationaux : nous saluons à ce titre la relance de la coordination des partenaires sous l’égide du Premier Ministre, avec la tenue d’un nouveau comité d’efficacité de l’aide après 3 ans de sommeil. A la tête, cette année, du groupe de concertation des chefs de coopération, nous entendons poursuivre nos efforts pour favoriser un dialogue productif entre les Partenaires techniques financiers et le gouvernement afin que l’aide internationale s’inscrive en complémentarité des investissements publics nationaux prioritaires.

Depuis novembre 2016, sur décision du gouvernement, Haïti a rejoint la liste les 17 pays prioritaires de l’aide publique au développement française, club exclusivement africain jusqu’alors : ceci veut dire que notre aide sera épargnée des coupes budgétaires : l’AFD augmentera ainsi les volumes de ses interventions dans ses secteurs de concentration, l’agriculture, domaine historique où elle est présente depuis 30 ans, mais aussi l’éducation et la formation professionnelle conformément à la feuille de route adoptée par nos chefs d’Etat en 2015, le développement urbain, et la gouvernance.

Dans ses modes de faire, notre coopération s’emploie à rechercher les synergies avec les autres partenaires, l’UE au premier chef. Nous poursuivons nos efforts pour tirer parti de la proximité qu’offrent nos collectivités des Outre-mer et l’usage d’une langue en partage pour bâtir ou consolider des réseaux de partenariats entre institutions, collectivités territoriales, universités : c’est le sens de la mobilisation de l’expertise publique française dans tous les domaines des métiers de l’Etat, désormais facilitée par l’implantation prochaine de notre agence Expertise France, plate-forme qui fédère les ressources humaines des administrations françaises.

C’est le sens de la relance de la coopération entre nos collectivités territoriales et les communes haïtiennes, maintenant que celles-ci ont des maires élus à leur tête : Port au Prince accueillera du 4 au 6 décembre des Assises de la coopération décentralisée franco-haïtienne qui réuniront l’ensemble des partenaires durant deux journées d’échanges. Je profite de cette occasion pour saluer la mémoire de Jean-Claude Fignolé, fondateur de l’Association des maires de la Grande Anse et promoteur du partenariat avec les Côtes d’Armor.

Notre coopération s’appuie également, c’est une singularité dont nous sommes fiers, sur un réseau culturel et d’enseignement très actif avec le lycée Alexandre Dumas, l’institut français d’Haïti, qui dépend directement de notre ambassade et les 5 alliances en province, associations locales quant à elles, tous tournés vers la jeunesse haïtienne : nous venons de reconstruire en deux mois, l’Alliance française de Jérémie, durement endommagée par le cyclone Matthew, de la rééquiper en ordinateurs ainsi que celles des Cayes et de Jacmel ; nous avons distribué 20 000 livres dans ce réseau et celui des établissements scolaires partenaires. Nous allons continuer à doter en livres les bibliothèques et développer de la même manière un réseau de radios communautaires pour diffuser des émissions pédagogiques et récréatives bilingues en créole et français.

Et nous sommes heureux de constater que l’appétit gourmand des français pour la création haïtienne ne se dément pas et franchit allègrement les générations. Je profite de cette occasion pour saluer Madame Michelle Laudun Denis et James Noël ainsi que Guy Régis Junior ici présents, qui viennent de recevoir la distinction de chevalier des arts et lettres du ministre de la Culture.

Cette production exceptionnelle est un formidable vecteur de rayonnement d’Haïti, mais aussi un produit d’exportation. Arts et culture sont une industrie, source de revenus pour les haïtiens, à laquelle la France contribue, qu’il s’agisse des ventes de livres de vos écrivains, ou des salles qui programment avec enthousiasme vos musiciens, tels le fameux groupe Tabou Combo qui joue presque plus en Guadeloupe et Martinique qu’en Haïti ! Le 8 avril dernier, la plus grande salle de spectacle de France, l’Accor Arena Paris Bercy, a rassemblé 15 000 personnes pour « La nuit du Kompa ».

Comme vous le voyez, la coopération entre nos deux pays déborde largement de l’aide publique, et mobilise de nombreux acteurs du monde associatif, éducatif et universitaire, et de la jeunesse : je salue particulièrement les jeunes français qui viennent ici, dans un engagement citoyen, accomplir un volontariat de solidarité, au plus près des populations. Je souhaite rappeler également la venue, il y a quelques mois, d’une délégation du comité de candidature de Paris aux Jeux Olympiques en 2024, qui a mis en place ici un programme consacré au développement du sport auprès des jeunes générations basé sur les valeurs de l’olympisme et la citoyenneté. Mes salutations aux sportifs présents ce soir et notamment à Claude Gusner, franco-haïtien champion mondial de boxe, qui met son expérience au service de l’entrainement des jeunes ; à tous, je donne rendez-vous pour les J.O. à Paris, en 2024 je l’espère !

Je ne saurais parler des acteurs privés, sans mentionner les entreprises, qui ont vocation, ici comme ailleurs, à être le fer de lance de la croissance. La présence économique française s’est progressivement renforcée ces dernières années : une quarantaine d’entreprises, grands groupes, PME et bureaux d’étude, interviennent en Haïti. L’évolution positive du contexte haïtien en ce début d’année, a incité notre agence de promotion des entreprises françaises à l’international, Business France, à organiser une mission fin juin, pour une vingtaine d’entreprises intéressées par les perspectives offertes par cette nouvelle étape. Cette mission, couplée avec la première foire exposition franco-haïtienne, organisée avec brio par la Chambre de commerce et d’industrie franco haïtienne, ont permis de mettre en valeur le savoir-faire français dans des domaines clefs du développement du pays, infrastructures, énergies renouvelables, eau, services, et d’identifier opportunités et partenaires potentiels.

Ceci posé, pour que le désir d’Haïti se traduise en choix d’Haïti, et que des investissements étrangers participent du développement durable du pays, il importe de construire inlassablement de la confiance en améliorant le cadre juridique et la transparence des pratiques des affaires. Quant aux entreprises qui sont déjà présentes dans le pays, il importe que leur partenariat avec Haïti continue à s’inscrire dans une logique gagnant-gagnant.

Mes chers compatriotes,

Je vous adresse un salut spécial, à vous, qui faites vivre la France, dans le pluralisme de ses opinions et de ses engagements, comme dans la diversité de vos parcours. L’ambassade de France et le consulat continueront de s’employer à renforcer les liens avec vous et à être à l’écoute de vos préoccupations et aspirations.

Je voudrais remercier chaleureusement tous nos partenaires qui ont rendu possible cette soirée ; mes remerciements s’adressent aussi à tous mes collaborateurs, pour leur engagement non seulement pour ce 14 juillet, mais tout au long de l’année !

Enfin, je ne saurais conclure sans rendre hommage aux actrices et acteurs du changement que la France a honorés cette année : Arielle Jeanty Villedrouin, directrice de l’IBESR, qui a reçu la Légion d’honneur, Chantal Laroche, infatigable présidente de l’Alliance française du Cap haïtien, décorée de l’Ordre national du mérite, MM. Michel Chancy et Jocelyn Louissaint, récipiendaires du Mérite agricole et une moisson de palmes académiques pour les formidables responsables et enseignants des écoles qui démontrent au quotidien que l’on peut faire en Haïti une éducation de qualité : Marie Kételène Edmée, Catherine Pelletier Villedrouin, Jean Claude Neptune, Ginette Lorfils pour n’en citer que quelques-uns.

A travers vos parcours, Mesdames et Messieurs, c’est un hommage que la France, qui fête aujourd’hui la République, et ses valeurs universelles de Liberté, Egalité et Fraternité, entend rendre à tous les citoyens anonymes et opiniâtres qui oeuvrent pour changer la vie, ici et maintenant en Haïti !

Vive la France ! Vive Haïti ! Vive l’amitié franco-haïtienne !

publié le 21/07/2017

haut de la page