Discours de l’Ambassadeur pour la célébration du 14 juillet 2019

Discours prononcé par M. José GOMEZ le 12 juillet à l’Hôtel Montana à l’occasion de la célébration de la Fête nationale.

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Ce soir, j’ai le grand honneur de prendre la parole afin de prononcer pour la première fois un discours du 14 juillet en terre d’Haïti, ce pays qu’unit à la France une histoire riche, autrefois tourmentée.

Depuis un an, Haïti est agitée de fortes tensions et son peuple traverse un temps d’épreuves. Mes premières paroles seront pour rendre hommage à toutes celles et à tous ceux qui font que ce pays résiste et peut rêver d’un avenir meilleur. Je ne peux nommer les mille visages de cet esprit de lutte et d’espérance mais permettez-moi d’en évoquer quelques-uns :

Honneur et Mérite (selon la belle expression haïtienne), à ces marchandes, ces ouvriers, ces employés qui, à peine un calme précaire est-il revenu, reprennent malgré les risques le chemin du travail parce qu’il faut bien que leurs familles vivent et que la vie reprenne,

Honneur et Mérite à tous ces parents aux maigres revenus, qui ne ménagent aucun effort, aucun sacrifice, pour que leurs enfants, dans des uniformes impeccables, aillent à l’école, tête haute, dignement, fièrement,

A ces écrivains et ces lecteurs passionnés de littérature qui s’ingénient, dans un pays bloqué, à organiser une Foire du livre,

A ces jeunes entrepreneurs qui ont décidé envers et contre tout que c’est à ce pays qu’ils consacreraient leur talent et leur travail,

A ces défenseurs des Droits de l’Homme qui continuent, malgré les menaces, de lutter pour une juste cause et à ces journalistes sans qui il n’est pas de vraie démocratie,

A ces jeunes gens qui livrent un nécessaire et courageux combat pour la transparence dans la gestion des fonds publics,

A ces femmes haïtiennes qui ne se rendent jamais parce qu’elles savent qu’elles sont le dernier rempart.

Grâce à eux, et à tant d’autres que je n’ai pu nommer, Haïti est encore debout, tournée vers un avenir que l’on espère meilleur.

Car les défis du présent sont redoutables. Et tandis que les urgences sociales, économiques, politiques l’assaillent de toutes parts, Haïti est à l’arrêt. Aujourd’hui, les divisions sont si nombreuses, les ambitions rivales si emmêlées, la situation si compliquée que le désarroi est général.

-  Si nul, à lui seul, ne détient la solution, que faire ?
-  Si chaque parti, à lui seul, est réduit à l’impuissance, que faire ?
-  Si aucune mouvance, aucun camp, à eux seuls, ne sont en mesure d’imposer leurs vues, que faire ?

Je forme le vœu très simple que les Haïtiens tracent un chemin pour sortir du labyrinthe des calculs politiciens et que le tous-ensemble l’emporte sur le chacun-pour-soi. Seul, me semble-t-il, un rassemblement, le plus large, le plus inclusif possible, pourrait surmonter ce désarroi, cette impuissance, et donner au pays la force et l’élan nécessaires pour surmonter les blocages.

Dans ces circonstances difficiles, la France est, plus que jamais, aux côtés d’Haïti.

Malgré les difficultés, nous sommes déterminés à demeurer aux côtés du peuple haïtien et à poursuivre notre coopération en l’adaptant aux besoins et aux difficultés de l’heure. Cette coopération est profondément enracinée en Haïti avec des institutions comme le Lycée Alexandre Dumas qui vient de fêter ses 50 ans et a formé des générations d’Haïtiens, comme l’Institut français qui a ouvert ses portes en 1946 et demeure un lieu de rencontre irremplaçable pour nos intellectuels et nos artistes, comme les cinq Alliances françaises qui permettent à notre dialogue culturel de se prolonger dans les provinces.

Je salue nos coopérants de l’Agence française de développement, des Volontaires internationaux, d’Expertise France et des ONG dont je connais l’attachement au développement de ce pays.

Au plan économique, les entreprises françaises s’intéressent à Haïti et si les temps ne sont pas propices à de nouveaux investissements celles qui ont choisi d’être présentes dans ce pays (Rubis, Razel-Bec, Bolloré, Vinci… pour ne citer que les plus connues) résistent, aux côtés de leurs partenaires haïtiens, aux vents mauvais. Si le calme revenait, si la sécurité juridique -et la sécurité tout court- étaient un peu mieux garanties, je ne doute pas que les investissements français se multiplieraient.

Mais si la France et sa culture sont présentes ici, l’esprit d’Haïti souffle sur les bords de la Seine. Car il existe en France un goût et un intérêt particuliers pour la culture haïtienne, si proche et si différente.

En mai dernier, une œuvre du jeune sculpteur haïtien Caymitte Woddly a été érigée à Bordeaux, sur un quai de la Garonne, en hommage à Modeste Testas, esclave puis affranchie dont l’un des petits-fils, François Denys Légitime, fut Président de la République d’Haïti.

Yannick Lahens a inauguré au Collège de France la chaire des mondes francophones et fait briller dans nos cénacles les plus savants, avec érudition et sensibilité, l’histoire et la culture d’Haïti.

Danny Laferrière est devenu un de ces « immortels » qui élaborent inlassablement le Dictionnaire de l’Académie française ; et j’aime cette idée qu’un fils de Petit-Goâve contribue à cet ouvrage. Il y a fait entrer un mot, un nom propre : Vertières, cela se passe de commentaires. Son épée d’académicien porte le symbole du dieu Legba, le loa des carrefours, celui qui se tient entre les humains et le monde des divinités. Puisse Papa Legba inspirer nos vénérables Académiciens !

Et je pourrais multiplier les exemples.

Mesdames et Messieurs, je veux avant de finir remercier de tout cœur les mécènes qui nous ont apporté leur appui pour cette soirée et vous dire encore ceci.
Dimanche, la France fêtera la Révolution qui a publié la première Déclaration des droits de l’Homme ; elle célèbrera la République qui s’est donné pour devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». Le défilé militaire descendra les Champs Elysées, des avions laisseront flotter au-dessus de l’Arc-de-Triomphe des panaches bleu-blanc-rouge. Le soir venu les bals allumeront leurs lampions sur les berges de la Seine et sur la place des villages.

Mes collaborateurs, que je remercie vivement, mon épouse et moi-même nous voudrions ce soir partager avec vous un peu de cet esprit et de cette joie du 14 juillet.

Vive la République, Vive la France !

Vive Haïti, Vive l’amitié franco-haïtienne !

publié le 15/07/2019

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