Intervention au Conseil de sécurité de Mme Anne Gueguen - 20 février 2020 - Haïti

Intervention au Conseil de sécurité de Mme Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies, lors de la séance du 20 février 2020 consacrée à Haïti :

Monsieur le Président,

Je remercie à mon tour la Représentante spéciale du Secrétaire général en Haïti Mme Helen La Lime de sa présentation. Je salue également la participation à cette réunion de Mme Marie Yolene Gilles de la fondation FJKL en tant que représentante de la société civile et je la remercie tout particulièrement de l’éclairage très utile qu’elle a apporté à notre compréhension de la situation en Haïti, en particulier la gravité et l’ampleur des violations des droits humains et des violences sexuelles fondées sur le genre.

La crise traversée actuellement par Haïti est avant tout une crise de nature politique et la France salue les efforts déployés par la Représentante spéciale pour contribuer à sa résolution. Nous déplorons que, malgré l’implication du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), la « conférence politique pour une sortie de crise », qui a été réunie du 29 au 31 janvier dernier avec la participation des forces politiques du pays, du secteur privé et de la société civile, n’ait pu permettre de déboucher sur un accord permettant le retour à un cadre constitutionnel et démocratique normal. Il convient en effet de rappeler que les élections législatives qui étaient prévues en 2019 n’ont pas pu se tenir et qu’Haïti est aujourd’hui dépourvu de toute représentation parlementaire, ce qui, au regard de l’histoire politique haïtienne, ne saurait durer. La France en appelle une nouvelle fois au président Jovenel Moïse mais également à toutes les forces politiques du pays, notamment l’opposition, ainsi qu’à la société civile et au secteur privé, pour qu’ils s’engagent avec détermination dans un véritable dialogue national, un dialogue qui place l’intérêt d’Haïti au-dessus des intérêts politiciens, et permette la tenue d’élections législatives libres et démocratiques.

Monsieur le Président,

Le blocage actuel en Haïti tient aussi à des causes profondes qu’il faut regarder en face. J’en citerai trois.

La première, c’est la corruption. Depuis de nombreux mois, la société civile haïtienne réclame la transparence face à la corruption qui détruit la confiance des citoyens dans leurs institutions. La lutte contre la corruption et l’impunité doivent faire l’objet d’une priorité absolue de la part des hommes politiques haïtiens afin de renouer le lien de confiance avec la population.

La deuxième difficulté structurelle est la précarité économique. Le blocage de l’automne 2019 est venu peser encore davantage sur la situation économique et sociale du pays, qui était déjà très fragilisée. La précarité croissante de millions d’Haïtiens complique la capacité des différentes forces sociales à apporter une solution à la crise politique. Les partenaires internationaux de Haïti devront continuer à se mobiliser pour apporter une aide humanitaire face aux besoins les plus urgents.

Enfin, troisième cause profonde du blocage, c’est l’insécurité. La société haïtienne vit dans une insécurité aujourd’hui gravissime, notamment du fait de l’activité des gangs, comme Mme Gilles vient de nous l’expliquer de façon très frappante. L’exigence de sécurité va de pair avec la lutte contre l’impunité. Je pense notamment aux massacres de La Saline et de Bel Air, qui ont donné lieu à des rapports accablants des Nations unies. Leurs responsables doivent être recherchés, poursuivis et punis dans le cadre de procédures judiciaires conformes aux standards internationaux en matière de droits de l’Homme. Toutes les atteintes aux droits de l’Homme observées pendant les manifestations de l’automne doivent par ailleurs faire l’objet d’enquêtes, quels que soient les auteurs. Il en va de même pour les violences sexuelles évoquées par Mme Gilles.

Monsieur le Président,

Nous sommes tous conscients que le caractère multidimensionnel de la crise en Haïti rend sa résolution particulièrement complexe. Les missions que ce Conseil a confiées au BINUH restent pleinement pertinentes, à savoir l’appui au dialogue politique et l’appui en matière de gouvernance et de renforcement de l’Etat de droit, notamment s’agissant de la police, de la justice et des droits humains. La France salue le travail mené par le BINUH depuis son institution il y a 4 mois, en coordination avec l’ensemble de l’équipe pays des Nations unies. Notre Conseil devra donc continuer à maintenir toute sa vigilance et prendre les mesures appropriées, notamment si la situation en Haïti devait continuer à se détériorer.

Je vous remercie.

FIN

Conseil de sécurité - JPEG

publié le 21/02/2020

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