La Rhétorique en scène

Le 30 janvier dernier, la scène de l’Alliance Française de Jacmel accueillait l’acteur Rolaphton Mercure pour une lecture scénique poignante de la pièce de l’auteur mayottais Alain Kamal Martial, Épilogue d’une trottoire. La première partie a, quant à elle, été assurée par les élèves de la classe de rhétorique du Centre Alcibiade Pommayrac qui se sont chargés d’apporter une touche de légèreté à cette soirée en interprétant une satire sociale en créole de leur propre cru !

Samedi 27 janvier 2018. L’agitation règne dans la cour de l’Alliance Française de Jacmel. Les rires fusent et la bonne humeur s’allie à la concentration. Les élèves de la classe de rhétorique du Centre Alcibiade Pommayrac se sont retrouvés ce samedi matin pour répéter une piécette comique qu’ils ont eux-mêmes écrite et interprétée une première fois lors de la fête de fin de premier trimestre de l’école. Grâce à la bienveillance du nouveau directeur des lieux, Monsieur Sébastien Plot, qui leur a ouvert les portes de l’Alliance, les lycéens peuvent à loisir déployer leur créativité et leur évident plaisir à jouer sur une vraie scène. Pas de temps à perdre : les répétitions s’enchaînent, largement mâtinées de séquences improvisées. Vers 13 heures, les acteurs en herbe se dispersent. Le rendez-vous est pris pour le mardi suivant à 17h pour la générale, avant le coup d’envoi de la soirée.

Mardi 30 janvier 2018. L’agitation règne dans la cour de l’Alliance Française de Jacmel. Mais cette fois, les rires fusent des spectateurs, venus nombreux pour assister à la représentation des jeunes acteurs du CAP. Leur pièce, passant au vitriol le système de santé haïtien, rencontre un franc succès. Les répliques, en langue créole, forcent l’admiration par leur humour mordant. Parmi les différents personnages hauts en couleur qui défilent tour à tour sur scène, nous retrouvons une secrétaire frivole et infatuée et un médecin irresponsable, bien plus occupés à enchaîner jeux de mots et blagues douteuses qu’à prendre en charge les patients de l’hôpital. Inlassablement, ils refusent respectivement l’admission d’une mère de famille mourante, d’un malheureux vieillard accidenté, d’un jeune homme aveugle et même d’une femme sur le point d’accoucher. La représentation se termine sous les applaudissements d’un public conquis par le dynamisme, l’énergie et, osons le dire, le talent de ces adolescents à l’imagination fertile et à l’esprit critique aiguisé.

Car il s’agit bien ici d’esprit critique ! Et c’est peut-être ce qui force le plus l’admiration : du haut de leurs 17 ans, ces jeunes élèves sont parvenus à analyser lucidement le système de santé haïtien et à en synthétiser les absurdités et les dérives dans une pièce de dimension satirique que Molière lui-même n’aurait sans doute pas reniée. Castigat ridendo mores : elle (la comédie) corrige les mœurs par le rire. Si la pièce des lycéens du CAP ne corrigera pas à elle seule le système de santé haïtien, elle aura au moins permis au public jacmélien de rire, le temps d’une soirée, d’une réalité sociale qu’il ne connaît que trop bien.

Catherine COLLILIEUX
Chargée de mission pédagogique pour le Ministère des Affaires Étrangères et
professeur de Philosophie et de Littérature au Centre Alcibiade Pommayrac de Jacmel

Crédits : Maxence Bradley

publié le 15/03/2018

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