Port-au-Prince : Mais quel prince ?

C’est par une ordonnance signée au Petit-Goâve, de Messieurs de Conflans et Maillard que fut fondée officiellement, le 13 juin 1749, la paroisse de Port-au-Prince, après fusion des paroisses du Cul-de-Sac et du Trou Bordet dont les habitants ont été invités à se déplacer vers le nouveau site.

Mais bien avant la fondation formelle de la nouvelle capitale de la colonie française de Saint Domingue, le site avait été choisi par les Espagnols qui y fondèrent Santa Maria del Puerto. Il fut abandonné en 1605 au moment des terribles dévastations d’Osorio qui vidèrent la partie occidentale de l’île de sa population espagnole rapatriée de force vers l’Est. Il devint le Port l’Hôpital, utilisé par les flibustiers.

Choisi pour la qualité de son mouillage et sa situation centrale par rapport au reste de la colonie, le site fut de nouveau rebaptisé et devint le Port-au-Prince en 1749. Il doit son nom au navire éponyme, le Prince, monté par M. de Saint André, qui y trouva refuge en 1706, menacé par une escadre anglaise qui rôdait dans la baie du Cul de Sac. Le toponyme apparaît également sur une carte de 1731. Située à sept lieues au Nord de Léogâne et à deux lieues au sud du Cul-de-Sac, la nouvelle paroisse fut promue au rang de siège du pouvoir colonial, à la place du Cap-Français. Sur certains documents, on voit apparaître le toponyme « Port Royal », ce qui entretient parfois la confusion sur l’origine du nom de la ville et fait penser que le mot « prince » fait référence au Roi.

Les plans de la ville furent alors l’objet d’une concertation entre les administrateurs coloniaux et les planteurs qui se répartirent les différents îlets, pour y établir magasins, fabriques, comptoirs et habitations. Des règles strictes imposèrent la largeur des rues, l’emprise au sol des corps de logis et la nature des matériaux à utiliser, notamment pour les toitures et l’alignement des façades. Des fontaines publiques et des places furent dessinées par les ingénieurs du Roi.

On sent d’emblée un souci de commodité des habitants et de concertation dans la prise des décisions avec une volonté de faciliter avant tout le commerce et les échanges. La population esclave fut reléguée dans les quartiers périphériques. Pour faciliter la croissance de la nouvelle paroisse, les installations de nouveaux colons dans les paroisses à l’entour, comme la Croix du Bouquet, ou Léogâne, furent contingentées de façon vétilleuse et parcimonieuse par l’administration coloniale.

Deux ans à peine, après sa fondation, Port-au-Prince fut dévastée par un puissant séisme. La faille active se fit encore sentir le 3 juin 1770, déterminant les autorités coloniales à imposer la construction en bois et la couverture en essentes ou en tuiles de toutes les maisons. Les rues furent élargies pour servir d’abri en cas d’alerte sismique à la population. Ces mesures préventives, utiles en cas de nouveau séisme, ne furent cependant d’aucun secours face à l’incendie qui ravagea la ville les 29 et 30 juin 1784.

Ainsi, la qualité du site du Port-au-Prince, idéal dans une perspective de marin, est-elle, dès l’origine de la ville, mitigée par l’incidence de l’aléa sismique et la récurrence des incendies dans les îlets construits en bois pour se prémunir contre les tremblements de terre.

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publié le 30/03/2017

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