Vous avez dit Cap… Haïtien

A en juger par la toponymie de son territoire, Haïti est un pays de marins. Et pourtant si peu d’haïtiens savent nager. La plupart des villes sont des ports établis au temps de la colonisation espagnole d’abord, puis française à partir du début du XVIIe siècle. L’essentiel des communications se réalisait alors par la mer, soit par cabotage, soit par la navigation en haute mer. Dans tous les cas, le besoin était grand de cartes et de plans détaillés permettant aux marins de se diriger et d’accoster sans péril. La carte d’Haïti laisse apparaître avec une précision vétilleuse un échantillon de termes qui appartiennent au vocabulaire des marins du XVII siècle. Ainsi les caps, les trous, les anses, les pointes et autres estères se suivent sur les côtes sans susciter l’intérêt des habitants qui vivent pour la plupart le dos tourné à la mer. Le Cap Haïtien n’échappe pas à la règle.

La ville fut fondée en 1670 par des aventuriers français menés par Pierre Lelong, avec mandat du gouverneur de la colonie Bertrand d’Ogeron de La Bouère sur le site de l’ancienne Guarico des Tainos, premiers habitants de l’île et prit le nom de Cap-Français. Pourquoi ce toponyme ? Cap, parce que la ville, tracée au cordeau, est située au droit de la pointe Picolet, au pied de la montagne du Haut-du-Cap qui coupe la monotonie du littoral de la plaine du Nord par une saillie rocheuse percée de baies (Labadie, Paradis, Chouchou) et de trous. Français, pour affirmer les prétentions territoriales françaises sur le territoire. A peine tolérée à La Tortue, régulièrement combattue sur la grande terre qui est encore largement aux mains des Espagnols, premiers colonisateurs de l’île, la présence française était rien moins qu’assurée en 1670. Il faudra attendre 1697 et le Traité de Ryswick pour que cette présence française soit officiellement reconnue par l’Espagne. Après l’indépendance d’Haiti en 1804, le Cap fut rebaptisé Cap-Haïtien, dans un premier temps, puis Cap-Henry, en l’honneur du roi éponyme, à partir de 1806. En 1820, à la mort du souverain, la ville redevint Cap-Haïtien. C’est aujourd’hui le chef-lieu du département du Nord et l’un des ports de commerce les plus actifs du pays, servant de débouché à toute la façade septentrionale.

publié le 24/05/2017

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